Les Dernières Nouvelles d'Alsace du jeudi 12 mars

Ce n'est surement pas les DNR: "les Dernières Nouvelles des Raiders"

Trente ans qu'ils y pensaient comme l'inaccessible dessein. Chacun de son coté, Laurent Casters à Epinal, Marc Berinstain à Strasbourg, gardait ce fantasme au chaud dans un coin de son esprit. Ils se sont retrouvés dans ce rêve commun. Il n'y a pas fallu les pousser beaucoup. Dans leur tête tout s'est enclenché très vite quand ils ont appris que Dakar c'était à nouveau possible comme ils en rêvaient !
Ils se sont inscrit à cette nouvelle course, l'AFRICA RACE, qui parcourt le désert pour arriver au Sénégal, à Dakar. A l'initiative d'Hubert Auriol multiple champion du Paris-Dakar, en collaboration avec René Metge, avec le soutien de l'ami Jean-Louis Schlesser, une nouvelle aventure pour les nostalgiques des années 80 est née. Mais pas seulement ! C'était bien sûr l'occasion de vivre le Paris-Dakar, une course sécurisée par les moyens techniques les plus à la pointe, mais surtout un rallye avec un retour au plaisir originel, loin de la lourdeur des gigantesques organisations.
Les motos étaient là. Marc et Laurent ont eu le temps de les bichonner.KTM 450 EXC et Suzuki 400 DRZ. Ils ont porté leur attention sur la préparation spécifique qu'implique une telle épreuve. Des réservoirs grande contenance, des suspensions adaptées, des outils de navigation tels que lecteurs de road-book, gps, trip master et supports iritrack. Ils ont rempli leur cantine métallique réglementaire de pièces de rechanges et d'outils. Leur budget ne leur permettait pas le luxe d'une assistance technique. Et puis aussi une trousse de toilette, une pharmacie adaptée, quelques vêtements, un sac de couchage, une petite tente, une gamelle et des couverts, et c'est tout !
Au lendemain de Noël, après les vérifications techniques d'usage à Marseille, ils ont embarqué leur moto dans un grand ferry à destination de Nador, port des côtes méditerranéennes du Maroc. La mer était agréable, la traversée suffisamment long pour faire connaissance avec les autres participants de toutes nationalités, pour prendre contact avec la course et tous ses aspects. Dans leur cabine exigée, ils frémissaient d'impatience mais c'était là. Encore quelques heures et l'aventure allait commencer.
Nador/ Boutnib. 691Km. Ils ne s'attendaient pas à avoir si froid ! Si on leur avait dit que le climat marocain ressemblait à celui des Vosges, ils ne l'auraient pas cru et pourtant!!!
Boutnib/ Ouarzazate 900 km Après une journée épuisante à traverser les cols de l'Atlas dans le brouillard, engourdi par le froid, transi dans des vêtements détrempés par la pluie glaciale, les muscles tétanisés par les efforts, Marc n'a pas profité de la fête de la Saint-Sylvestre pourtant magnifique au bivouac de Ouarzazate. Il a planté sa tente pour tomber raide de sommeil !
Ouarzazate/ Fort Bou Chérif.862 km. 1er janvier 2009. Laurent et Marc ont laissé derrière, la majestueuse chaine de l'Atlas aux sommets enneigés étincelants sous le soleil de l'hiver pour arriver au bivouac, avant la nuit. C'était la première journée sans problème : bonne navigation sans erreur d'itinéraire notable, pas de chutes, seulement une solution à trouver pour Laurent qui devait s'arrêter régulièrement pour resserrer les boulons. Encore une nuit au son des groupes électrogènes, des essais de moteur et des … ronfleurs, mais sous la vaste tente berbère, réfectoire-dortoir, il faisait chaud et la fatigue eut raison des derniers récalcitrants.
Après avoir enchaîné spéciales et liaisons, une fatigue intense se faisait déjà ressentir. La journée de repos prévue à Agadir était la bienvenue. Ce fut l'occasion pour Laurent et Marc, avec des médecins de l'organisation, de s'éloigner de la caravane Africa Race et de passer la nuit dans le silence. Feu de bois sur la plage et coucher de soleil, calme et communion dans le plaisir de l'instant, l'Africa Race permit aussi cela. Le luxe d'arrêter le temps pour effleurer l'essentiel.
Les étapes se sont succédées sur des centaines de kilomètres amenant les concurrents moto, auto et camion à traverser des étendues désertes, longer la mer sur des plages infinies ou des falaises glissantes, retourner à l'intérieur des terres dans des ergs aux roches traitresses, contourner au ralenti les monticules façonnés par les vents autour des touffes d'herbe à chameau, et par-dessus tout se mesurer au mystère et à la puissance des dunes.
La splendeur des paysages de la Mauritanie est stupéfiante.
Aussi inattendue que la qualité de l'hospitalité de ce pays fuit par l'organisation du Dakar®. Certes, pour rentrer dans le pays, on leur a demandé une cinquantaine de fois avec un sourire éclatant leur carte grise, pour le plaisir certainement … Mais à Azougui l'accueil était officiel et festif : le ministre du tourisme s'était déplacé, de nombreux notables et militaires aussi.
Il est manifeste que le départ du grand rallye pour l'Amérique du sud est regretté. Incontestablement, la perte économique pour les pays traversés est immense. Le passage de la caravane du Dakar® permettait à tel village, à telle région d'engranger une substantielle récolte, qui soulageait la difficulté de se maintenir dans des régions menacées par l'avancée du sable, les changements climatiques. Combien de fois Laurent et Marc ont-ils entendus de « Pourquoi ? ». Il n'est pas là, question de poser à nouveau la problématique d'organisation de telle manifestation dans ces régions déshéritées, mais bien de souligner l'apport substantiel qu'il était sur le cours de ce périple.
Pour Marc et Laurent, profiter de ce rallye pour créer des rencontres fut possible. Il voulait embrasser dans sa totalité leur rêve de rallye africain. C'était primordial. Ils souhaitaient rentrer en contact avec l'Afrique, et non pas seulement la consommer. C'est pourquoi ils s'étaient inscrits dans la catégorie Raid de l'Africa Race. Cette option leur permettait de vivre la course sans la pression du chronomètre, sans la sanction des pénalités. Ils sont partis à deux pour partager cette expérience unique, ils ont fait équipe pour se soutenir, ils ont pris le temps de se réconforter quand l'un était en difficulté, ils se sont arrêtés pour se reposer, pour se réchauffer, pour réparer ou relever la moto de l'autre quand cela s'avérait nécessaire. Finalement pas de casse, pas d'accident, pas de tensions … « que du bonheur ! » comme Laurent se plait à le répéter. Ils ont aussi arrêté leur course pour prendre des photos quand le paysage était somptueux, pour parler avec le pompiste le temps de faire le plein, avec le marchand au bord du chemin, « Nous étions à la recherche d'une aventure humaine » répète à l'envie Marc. Le 11 Janvier 2009, au bout de 7400km en 12 étapes, ils arrivaient enfin… ou plutôt « déjà » sur les bords du mythique lac rose avec sa population souriante et accueillante. L'émotion est à son comble.
Quand on les regarde nous présenter les photos et les films de ce rallye, première édition de l'Africa Race, on entrevoit le plaisir inénarrable que ce voyage leur a procuré. Ils ne réalisent toujours pas que c'est terminé, ils se raccrochent à leurs images et nous invitent à les vivre avec eux, comme si cela était possible ! Hubert Auriol était de la fête qu'ils avaient organisés à Epinal le 7 février dernier pour remercier leurs sponsors et amis, heureux de l'empreinte laissé dans les esprits. En ex-motard solitaire, il n'imaginait pas que les « raideurs » inventeraient une nouvelle catégorie de concurrents, les solidaires. Il savait tout de même que ce qui lui manquait était le partage, et c'est la raison pour laquelle il proposa cette catégorie « Raid ».
Leur site : www.enduro-aventure.com
Rédigé par : Emmanuelle Guillon

Laurent
Le 13/03/2009 à 05:01:35